|
La langue de Molière
J’ai acquis très jeune un profond respect pour la langue française et, aujourd’hui, je salue bien bas ceux qui sans effort l’apprivoisent comme on apprivoise un cheval rétif, un chat sauvage ou une très belle femme, la font vibrer comme un instrument de musique et plier l’échine au gré de leur fantaisie.
Moi, j’essaie depuis longtemps de la maîtriser mais elle réussit toujours à m’échapper dans le détour d’une phrase, à me jouer des tours et à me perdre dans les méandres de son infinie complexité. J’enrage d’avoir encore à fouiller dans les nombreux dictionnaires qui encombrent les tablettes de ma bibliothèque et qui tous, ont quelque chose de nouveau à m’apprendre sur les règles et les exceptions.
Par exemple, et pour nous amuser un peu en cette belle journée d’été, je me demandais dernièrement comment nommer le nouvel homme de ma vie en le présentant à mes proches et amis.
Mon homme? Il faudrait que je sois Sa femme et il n’en est pas question. Je ne suis la femme de personne, je suis une femme point. Et puis quand un mari présente sa douce moitié (…) il peut dire ma femme… mais il semble moins évident, dans notre bonne société, de dire : je vous présente mon homme.
Mon mâle encore moins. Tarzan poilu et Jane en pâmoison. Très peu pour moi.
Mon chum va avec ma blonde. Ma blonde!!! Quelle appellation détestable! Moi qui suis brune et brume.
Mon ami? Mais voyons donc! Les amis, ce sont ceux avec lesquels on ne va pas au motel et c’est pour ça qu’on reste amis.
Et même si j’étais mariée dur comme fer avec tous les cadenas d’usage, je ne présenterais jamais mon homme comme étant mon époux, car ça me fait penser aux chroniques nécrologiques du journal local : elle laisse dans le deuil son époux éploré et sa nombreuse marmaille.
Mon Jules, mon mec ? Ça fait pas d’ici.
Mon copain? Heu… l’expression honnie Quand un gars de 50 ans présente sa nouvelle flamme comme étant sa copine, ça me turlupine.
Et puis, franchement, je ne sais trop moi-même ce que nous sommes… devenus à nos âges. Amants, amoureux, camarades dans l’épreuve finale de la vie, compagnons d’armes devant les rides… Tiens, je l’ai la solution : je vais le présenter par son prénom. Chers parents et amis, j’ai le plaisir de vous présenter J. Et si quelqu’un de particulièrement curieux cherche à connaître les termes de notre relation, je répondrai qu’il s’agit là de mon jardin secret.
|