Dès qu’il a posé
sur moi le regard de ses yeux vert pâle en amandes, j’ai été séduite. Point
besoin de grands mots ni de promesses entre lui et moi, c’est le fil de la vie
qui tisse les liens qui nous unissent, jour après jour, année après année.
Maintenant, il sait tout de moi. De mes joies, de mes peines, rien ne lui échappe.
De ma solitude, de mon isolement, il me console sans se lasser.
Quand il chatouille
ma joue avec ses longues moustaches au petit matin, il fait entrer le soleil
dans ma journée. Quand la nuit est un peu fraîche, il se blottit contre moi et
se fait bouillotte.
Nulle velléité
de pouvoir n’habite ce doux compagnon de mon ermitage. De lui n’émane aucune
critique. De mes rides, des fils blancs qui parsèment ma chevelure autrefois de
jais, de mon visage dont la luminosité s’estompe, de mon dos qui s’arrondit, il
se contente. Et moi j’oublie qu’il prend aussi de l’âge car il est tout blanc
depuis belle lurette!
Nous avons eu
nos moments difficiles avant de nous connaître, chacun de notre côté, et nous
en gardons des cicatrices. Si les miennes se dissimulent dans les méandres du
souvenir, lui il affiche fièrement une oreille chantournée, souvenir d’une
bataille épique au fond de quelque ruelle sombre. Passé le temps des conquêtes,
il préfère vivre sa vie tout comme je vis la mienne, en retrait de l’agitation
et des tourments de la jeunesse.
Si je passe trop
de temps les yeux rivés à l’ordinateur sans m’occuper de lui, il me le fait
gentiment savoir, à sa manière plus ou moins discrète selon le niveau de son
impatience, surtout si j’ai oublié, tant distraite que je le suis, l’heure du
repas.
II fait de cette
Saint-Valentin une journée comme les autres dans une succession de journées
amoureuses sans faille, sans tromperie ni fuite.
Son amour est
une constante de sa totale générosité à mon égard. Je le lui rends du mieux que
je le peux. Il est unique. Il est précieux. Et ce n’est pas un chat ordinaire.
C’est le mien!